L’ESSENTIEL OU CE QU’IL N’EST PAS PERMIS D’IGNORER SUR LA DOT, LE MARIAGE ET LE DIVORCE DANS LES TRADITONS AFRICAINES : Analyse à partir du cas des Grass Fields du Cameroun
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- Publié le mercredi 25 mars 2026 11:18
- Écrit par Mô’ô Temoyim Tsombeng Jean
A- LA DOT ET LE MARIAGE
I- LA DOT
I-1 Définition
La dot est une pratique courante dans le monde entier sous diverses formes. Mais c'est en Afrique qu'elle est le plus développée et exigée comme instrument de légitimation du mariage. Dans de nombreuses sociétés africaines traditionnelles, le mari ne peut prétendre à la pleine autonomie sexuelle, économique et reproductive de son épouse qu'après le versement de la totalité ou d'une part de la dot.
La dot Bamiléké détient le pouvoir de transformer l'union entre deux personnes de sexe opposé en une alliance communautaire légitime, essentielle pour la reconnaissance de la lignée et le respect des ancêtres. La dot peut souventêtre une somme d'argent, des services, ou des biens convenus (liste) lors du mariage. Et comme l’a écrit Mo’oh Lekouet Donkeng Cosmas (2011) sur le colonnes de Bafou.org, à Bafou, la dot a un caractère si sacré qu’on n’en parle jamais à propos d’une femme enceinte.
Il faut nécessairement attendre qu’elle ait accouché avant toute négociation la concernant. En effet, une femme en état de grossesse traverse une période assez délicate de sa vie (la gestation en vue de procréer) et selon la tradition Bafou, tout marchandage la concernant risquerait d’attirer sur elle les convoitises et les regards envieux des vendeurs d’âmes («méghnang n’siah») pour qui elle serait une «marchandise» de premier choix.
La dot chez les Bafou est une affaire si sérieuse et si importante que seuls les parents des deux promis ou leurs représentants peuvent mener les négociations au nom des deux familles à travers leurs intermédiaires ou porte-paroles respectifs. Les sommes d’argent à remettre au père de la mariée ou à tout membre de sa famille devaient passer par les mains du père du mari (chef de famille) pour être remises au bénéficiaire par lui-même ou par le biais de son représentant. Ce qui revient à dire que, bien que ce soit le fils qui fournit l’argent comme c’est très souvent le cas, c’est son père qui doit tenir les cordons de la bourse. Aujourd’hui on assiste de plus en plus à la distribution des enveloppes apprêtées conformément à une liste préalablement établie et remise à la famille du marié.
Les deux tourtereaux qui ne peuvent parler que si on leur donne la parole et leurs géniteurs, bien que présents, doivent se faire discrets et réservés tout au long de la cérémonie.
I-2 Des remarques importantes :
- Les traditions africaines sont extrêmement vastes, extrêmement nombreuses, variées et différentes entre elles.
- La dot est un processus complexe qui exige patience, tact et diplomatie. Elle peut impliquer de nombreuses visites avant que les discussions de la dot proprement dite ne soient officiellement conclus et effectués.
· Le montant et les biens matériels qui constituent la dot varient selon les familles et les régions, et ne sont pas toujours fixes.
· La dot est un versement effectué par le marié ou sa famille à la famille de la mariée pour valider et officialiser le mariage.
Elle n’est surtout pas un prix d’achat de la femme, en Yémba la dot se traduisant par « ndôô » (littéralement demander, solliciter, quémander). Elle est aussi un moyen d’honorer les parents et la famille de la mariée. Pour le marié, la dot est la preuve matérielle de sa capacité d’assumer les responsabilités de chef de famille ainsi que le bien être de sa femme et de ses enfants.
Le versement de la dot relève le plus souvent d'une réciprocité sociale, symbolique et économique, s'inscrivant dans une longue série d'échanges ou de discussions entre les deux familles qui s'unissent par le mariage. Il consolide leurs liens d'amitié. Il symbolise a priori la valeur de la femme pour la communauté et compense, au sein de sa famille d’origine, la perte de sa compagnie et de sa force de travail. La dot peut consister en une somme d’argent versée en une seule fois ou en plusieurs tranches ou en biens et services réalisés ou effectués sur une période par la famille du marié chez celle de la mariée. Chez les bamilékés il est souvent soutenu que : « la dot ne finit jamais » et que : « dans une union sincère, aucune famille ne gagne sur l’autre ».
- Selon les communautés, les biens transférés peuvent inclure une grande variété d'articles et d’objets tels que : du bétail, des effets vestimentaires, des boissons, des denrées alimentaires, du matériel agricole, des fusils de chasse, des appareils électroménagers et même des véhicules.
- Bien structuré, le processus de la dot comporte trois grandes phases (les «trois maillons») :
- la première phase consiste en une enquête préliminaire pouvant aboutir, soit à l’abandon du projet, soit au «toquer porte» («Khwate nguia» en yemba). Cette première étape consiste, tant du côté du prétendant que de celui de la fille désirée, à prendre des renseignements et des informations sur la famille et sur le comportement de l’une et de l’autre, une sorte d’enquête de moralité, tant au plan social que spirituel. Cette période d’investigations tous azimuts peut parfois donner lieu à des révélations de secrets compromettants pour chacune des deux familles, par des informateurs de bonne foi, convaincus de dire la vérité et rien que la vérité, oubliant que : « toute vérité n’est pas bonne à dire ».
En effet, Selon mon analyse,celui qui dit toujours la vérité n’est guère meilleur que celui qui ment toujours : la véracité absolue et le mensonge systématique sont deux comportements extrêmes qui peuvent être problématiques avec des conséquences négatives. Il y a des vérités qui arrangent, il y a des vérités qui dérangent, des vérités qui détruisent et qui divisent, des vérités qui construisent et rassemblent ! Le monde s’effondrerait si certaines vérités venaient à être inutilement mises au grand jour. Tout se joue au niveau de la capacité de discernement des informateurs, selon les contextes et les circonstances.
Ceci explique pourquoi de manière générale, les familles gardent souvent un «vsilence très éloquent » réciproquement compris et partagé à l’issue de ces enquêtes. Voilà donc pourquoi au cas où les investigations s’avèrent concluantes, la famille du prétendant (rarement celle de la future épouse) va se rendre chez les parents de la fille désirée pour se présenter (visite de courtoisie) et demander sa main. C’est alors que le «toquer porte» peut être programmé, une rencontre à l’effet de confirmer ou de valider les intentions de mariages, d’officialiser les fiançailles et initier le processus de négociation.
S'ensuivront de nombreuses étapes de négociation et de remise de la dot : un ensemble de cadeaux qui se résument en termes de «chèvre», de «sel», ou de «chose», aujourd’hui symbolisés par des espèces sonnantes et trébuchantes. La dot est un parcours souvent long et complexe avec de multiples visites, avant que n’intervienne l’étape du mariage coutumier et rites de consécration du mariage.
I-3. Les principales Phases ou cadres du processus ou étapes de la dot chez les Yémba
Les phases ou postes de dépenses |
Etapes de la dot |
I. Dans la concession du père de la filleII. Dans la concession du grand-père paternel III. Dans la concession du grand-père maternel et dans la concession du « Té-nkáp » de la mère de la fille. |
1. Enquêter et Toquer à la porte.
2. Dot proprement dite 3. Mariage coutumier et rites d’union pour la vie (consécration du mariage).
|
N.B : Les trois étapes de la dot ont toujours lieu dans la concession du père de la femme, sauf arrangement et entente entre les deux familles pour choisir de manière consensuelle, un autre lieu pour l’une ou l’autre de ces étapes.
I-4. Le pouvoir de la dot
Chez les Bamiléké, la dot est un élément fondamental et multifonctionnel du mariage coutumier dont le pouvoir dépasse souvent la simple transaction économique. On parle généralement d'une dot versée par la famille du marié à celle de la mariée.Celle-ci est bien plus qu'une simple transaction financière ; elle est le socle du mariage coutumier et confère à l'union, son caractère sacré et consacre l’irréversibilité dont les fonctions sont ci-dessous listées.
· Création d'alliance et de lien social : Le pouvoir principal de la dot est de sceller une alliance sacrée et définitive entre deux familles, et non seulement entre les deux époux. C'est un acte de respect et un gage d'engagement qui transforme l'union individuelle en une affaire collective.
Le rituel du vin de raphia et de la kola partagés par les deux tourtereaux et leurs parents, symbolise cette union sacrée.
· Légitimation de la paternité et de la lignée : La dot confère le droit de paternité au mari sur les enfants à naître. Sans versement de la dot, les enfants appartiennent traditionnellement à la lignée maternelle. Ce pouvoir est crucial pour la continuité de la lignée du père.
· Symbole et honneur : La dot, souvent perçue comme un geste symbolique (même si dans la pratique, les montants peuvent être élevés et controversés), honore les parents de la jeune fille et reconnaît la valeur et l'éducation reçues par celle-ci. Certains soutiennent que son montant est lié à ce que le père a lui-même donné pour la dot de sa mère (principe de réciprocité).
· Rituel et processus (les « trois maillons ») : Le pouvoir de la dot réside aussi dans son processus d’implémentation bien structuré :
- des enquêtes préliminaires sur la fille et sa famille suivies du "toquer-porte" qui marque l’ouverture de la voie,
- les phases ou cadre de la dot proprement dites (postes de dépenses),
- le mariage coutumier suivi des rites de consécration de l’union, et de la bénédiction du «Ngang mbaa» ou «mô’ô môô» (père géniteur). Et pour terminer, la bénédiction devant l’autel des canaris sacrés («mé nkang») dans la case de la mère («miaa’ môô»).
· Symbole d'alliance et d'engagement : Ce processus institutionnalise scelle et officialise l’alliance et l'union entre les deux familles ou communautés. La dot symbolise le transfert de l'autorité parentale sur la femme de son père (ou de son grand-père) à son mari. Ce n'est pas une "vente," mais l'établissement d'un droit de propriété coutumier sur la femme et les enfants à naître des œuvres de l'homme.
II. LE MARIAGE (« a’La’ah Nguiah»)
En langue Yemba, se marier se dit : «Nda’ah» (faire cuire, préparer) et « Nguiah » (la case, la maison), d’où « Nda’ah –Nguiah » (préparer, faire cuire dans la case). En effet, à l’époque où la chasse était la principale activité des hommes dans nos villages, les gibiers attrapés par les jeunes gens étaient selon leur importance et leur taille, remis soit au père (mô’ô), soit au chef (Fo’ô).
Les enfants n’avaient droit qu’aux gibiers de petite taille ou de moindre importance, du menu fretin peut-on dire (rats, écureuils oiseaux…), qu’ils faisaient cuire ou braiser eux-mêmes, par une amie ou par leur mère. Et c’est une fois mariés qu’ils pouvaient se faire préparer leurs repas dans leur propre case. C’est comme si on disait aujourd’hui que le jeune homme qui jusque-là préparait lui-même ses repas (tapioca, riz-sauté, pain-chargé, omelette etc.), mangeait chez des amies ou chez ses parents, au restaurant ou au «tourne dos» acquiert en se mariant, le droit de faire cuire («nda’ah») ses repas dans sa propre case («nguiah»). D’une manière générale, le mariage traditionnel africain se pratique sous différentes formes et varie selon les ethnies ou les communautés :
Chez les Bafou et chez les Bamilékés en général, le mariage est une alliance entre deux familles, deux peuples, deux sociétés, une («familigamie») et non un contrat entre deux personnes.
Le mari et son épouse ne sont que les exécutants de l’alliance ainsi scellée. Un homme ou une femme épouse la famille de son conjoint mais ne vit maritalement qu’avec sa femme ou son mari. Toute relation coupable avec un autre membre de la famille d’en face est considérée comme un inceste, une abomination.
Précisons bien que le protocole, les rites et les cérémonies de mariage sont toujours ceux du village et de la famille de la femme. À ce propos, Monseigneur Samuel Kléda, Archevêque métropolitain de Douala a dit, lors d’une émission télévisée à Equinox-TV que chez les Moundang de l’Extrême Nord du Cameroun, une fiancée avant le mariage est tenue de passer un bref séjour dans la famille de son futur époux, question de voir si elle pourra bien s’y intégrer et s’épanouir. C’est lorsque ce test est concluant que le mariage peut être célébrer. La famille de l’épouse remet à l’ occasion du mariage, une lance à celle de son époux pour sa protection, et un pacte de non-agression est de ce fait, scellé entre les deux familles ou communautés. Pour nos ancêtres, le mariage était scellé pour l’éternité et la femme était obligée de demeurer dans la famille de son époux jusqu’à la fin de ses jours.
En effet, pour nos traditions, la fidélité et l’indissolubilité du mariage sont sacrées.Le mariage n’est pas une robe ou un boubou que l’on peut enlever quand il devient trop serré, trop lourd à porter ou trop vieux. C’est pourquoi les veuves avaient le droit (et le devoir) d’épouser l’un des fils (le successeur) ou l’un des frères de leur défunt mari, c’est pourquoi le successeur était tenu de prendre les femmes de son père (sauf sa mère), comme ses épouses, après le décès de celui-ci. Cette pratique avait l’avantage et le mérite de maintenir la stabilité et la cohésion familiale et sociale. Les veuves, les orphelins et le «nouveau père» étaient censés continuer de vivre exactement comme le défunt le faisait de son vivant, et la vie suivaitnormalement et tranquillement son cours.
Nous pouvons relever pour le regretter, le fait que contrairement à ce qu’il nous est donné d’observer par ces temps de modernisme généralisé, l’autorité naturelle de l’homme et sa place institutionnelle de chef de famille ne souffraient d’aucune réserve ni d’aucune contestation. D’où le terme «Ngang-Mba’a» (le propriétaire, le responsable, le chef de la concession), que les femmes usaient avec respect et déférence, pour désigner leur époux commun. Dans ce contexte, tout un homme pour une femme c’était trop, et une seule femme pour un homme c’était trop peu ! L’homme était le mari de chaque femme, et toutes étaient ses épouses et lui appartenaient. Chaque femme avait sa place selon l’ordre d’arrivée dans la concession, et savait s’y conformer en toute circonstance.
Les plus anciennes se chargeaient d’initier, d’accompagner et de recadrer, le cas échéant, les nouvelles arrivées. Toutes les coépouses œuvraient à côté de leur époux pour l’éducation des enfants, l’exécutions des travaux agricoles, le petit élevage, et le développement harmonieux de la concession s’en suivait. Ce qui rendait possible, un véritable concert de rivalités positives et de saine émulation entre les femmes d’une part, et entre les enfants d’autre part, gages de combativité, de paix, de sérénité pour tous, et de réussite assurée pour la grande majorité des enfants !Les conflits et les mésententes qui souvent ne manquaient pas étaient la plupart du temps, gérés par la conciliation.
Le mariage pour les bamiléké, est considéré comme un sacrement religieux et une union irréversible, souvent symbolisée par l'ingestion de vin de raphia et de la kola par les mariés et leurs familles respectives.
Dans certaines cultures, un mariage n'est considéré comme dissout qu'après le remboursement de la dot, ce qui signifie le divorce.
B- LE DIVORCE DANS LES TRADITIONS BAMILEKE
Séparation de fait : les désunions se manifestent généralement par une séparation de fait, plutôt que par une annulation légale ou coutumière du lien de mariage.
· Conséquence de la non-remboursabilité : l'impossibilité ou la difficulté de rembourser la dot (qui est souvent un acte symbolique impossible, comme séparer deux vins mélangés) signifie que la femme, même séparée, reste liée coutumièrement à son époux et à sa famille. Si un mari accepte le remboursement de la dot, il perd tous ses droits coutumiers sur sa femme et sur les enfants à naitre, ce qui est souvent très mal vu.
· La procédure de divorce dans les traditions bamiléké : en raison de l'irréversibilité symbolisée par la dot et le rituel de consécration du mariage coutumier (ingestion du vin de raphia et de la kola), suivis des bénédictions paternelles et maternelles, le divorce au sens strict n'existe traditionnellement pas chez les Bamiléké. L'union est vue comme indissoluble. Le pouvoir de la dot chez les Bamiléké, est de créer un lien d'alliance entre les familles et de légitimer la lignée du père, un lien qui est censé être indissoluble. La procédure, telle qu'elle existe, est donc conçue pour décourager la rupture et privilégier la conciliation. Par conséquent, le divorce, dans les traditions bamiléké est un concept extrêmement difficile à réaliser, voire considéré comme une impossibilité rituelle.
Cependant, les grandes lignes de ce processus qui combine les aspects coutumiers et, dans une certaine mesure, l'influence du droit moderne se présentent tel qu’il suit :
1. Le principe de l'indissolubilité : Dans la coutume Bamiléké, le mariage est un sacrement religieux et une alliance profonde qui ne doit théoriquement être rompue que par la mort.
· Le serment de la dot : lors de la cérémonie de la dot, le père de la mariée fait boire du vin de raphia et manger de la noix de kola (produits consommés, donc impossibles à restituer) en déclarant que, pour annuler l'union, il faudrait pouvoir rendre ces éléments dans leur état initial, signifiant ainsi l'irréversibilité du mariage.
· La pression sociale : la pression des deux familles est traditionnellement très forte pour maintenir l'union, car la rupture est considérée comme un déshonneur ou un échec pour les mariés et leurs deux familles.
2. Les étapes de la séparation et la tentative de conciliation : quand une crise survient, la procédure de sa gestion suit plusieurs étapes de conciliation, avant que la rupture définitive ne soit envisagée :
a. Le retour chez les parents : c'est souvent la femme qui quitte le foyer et retourne chez ses parents (délibérément ou répudiée), invoquant des raisons aussi graves que variées : mauvais traitements, négligence du mari, l’irrespect, l’infidélité, la stérilité, les divergences et les incompatibilités spirituelle et religieuses, etc.
b. La "poursuite" par le mari : Le mari, ou sa famille, est traditionnellement tenu de "poursuivre" son épouse.
· La famille du mari envoie des émissaires, parfois avec des vivres, pour aller demander à celle de la mariée la raison du départ, négocier et implorer son retour.
· La coutume Bamiléké insiste sur le fait que l'homme doit faire tout ce qui est en son pouvoir pour obtenir le retour de sa femme. Par ailleurs, dans d’autres communautés, il est soutenu qu’on n’arrange pas un conflit entre conjoints lorsque la femme est hors du domicile conjugal.
c. En cas de répudiation (« chassement » d’une femme du domicile conjugal) : la famille de la femme à cause de la dot perçue, peut également se rendre au domicile du mari ou envoyer des émissaires, pour s’enquérir des motifs du retour de celle-ci dans la concession paternelle.
d. La concertation familiale (la palabre) : si les tentatives individuelles échouent, les deux familles (lignages) se réunissent pour une "palabre" (discussion coutumière).
· Elles examinent les griefs, tentent de trouver un compromis, et cherchent une solution pour réconcilier les époux.
· L'objectif suprême étant la réintégration de la femme dans le foyer conjugal ou par contre, l’acceptation par le mari que la femme réintègre sa concession.
3. La rupture définitive et la restitution de la dot
Au cas où toutes les tentatives de conciliation échouent et que l'on doit acter la rupture, le point central de la procédure est la question de la dot, car elle légitime le droit du mari sur les enfants nés dans le mariage, étant donné que : « tout enfant né dans le mariage a pour père, celui qui a versé la dot de sa mère ».
Le principe de base
Lien entre enfants et dot : La règle coutumière la plus influente concerne les enfants nés de l'union :
· En l'absence d'enfants (surtout de filles), ou en cas de stérilité avérée de la femme, selon certaines familles ou communautés, la famille de la mariée pourrait être contrainte de restituer la dot à la famille du mari. Cette restitution signifie que l'alliance n'a pas tenu ses promesses (la procréation) et que la lignée paternelle n'a pas été établie. Le mari perd alors tout droit coutumier sur la femme et sur les enfants qui naîtront éventuellement d'une union ultérieure.
· S'il y a eu procréation, le remboursement de la dot est souvent rendu impossible ou largement symbolique, car les enfants (en particulier les filles, qui sont des "génératrices de dot" futures dans la lignée du père) "remboursent" déjà la dot par leur existence. Le nombre d'enfants réduit d'autant la somme qui pourrait être réclamée.
· Dans certaines ethnies comme chez les Bamiléké, étant donné le pouvoir de la dot, sa restitution même symbolique, est souvent exigée pour libérer la femme, afin de lui permettre de s’engager dans un nouveau mariage. Mais dans cette éventualité, les parents de la femme n’ont plus le droit de percevoir une nouvelle dot. Seul le remboursement de la dot versée aux parents de la fille au premier mari par le second est exigible car, on ne peut percevoir «deux dots sur la tête d’une même femme».
· Autrefois un homme pouvait «céder sa femme» («n’tsouh medzui» en yemba) dont il n’en voulait plus pour diverses raisons (infidélité, vol, insoumission, incompatibilité d’humeur, etc.) et qu’il voulait s’en séparer, à quiconque pouvait lui rembourser la dot de celle-ci.
4- Les conséquences de la restitution
Lorsque la dot est remboursée, la rupture est officiellement et rituellement consommée. Le divorce est acté et le mari perd tous ses droits sur la femme et sur les enfants qui naitront après la séparation. La femme est alors libre, au plan coutumier, de se remarier, le divorce ayant entrainé la fin des obligations conjugales entre les ex-conjoints. Au regard de ce qui précède, deux questions pertinentes peuvent s’imposer :
a)- La tradition Bamiléké a-t-elle vraiment prévu la possibilité de remboursement de la dot ?
Dans la tradition bamiléké en général, le divorce n’existe pas. Une union maritale est scellée une fois pour toute. C’est la raison pour laquelle, le père de la mariée, avant de consacrer et sceller le mariage par une libation à base du vin de raphia et une communion à base du kola, pose à la fille des questions, pour lui faire savoir que l’acte en cours est irréversible. Chez les bamiléké la dot est considérée comme l’acte qui valide, scelle et rend effectif le mariage qui est un sacrement religieux, et comme tel, ne saurait être rompu. Pour symboliser cette irréversibilité du mariage, le père fait savoir à sa fille que, pour que ce mariage prenne fin, il va falloir qu’ils remettent à la famille de l’époux ce vin qu’il est en train de boire et la kola qu’il va manger. Choses impossibles, une fois bues et mangées. D’aucuns vont jusqu’à mélanger deux sortes de vin et demander aux mariés de les séparer. Leur incapacité à le faire symbolise l’indissolubilité de leur union.
L’idée de remboursement de la dot, avouons-le sans ambages, est née du monde matérialiste, dit moderne de nos jours. Dans la culture bamiléké, la femme est un bien, un bien humain. Et qui dit bien, dit aussi existence du propriétaire du bien («Té-nkáp», en yemba). Le propriétaire de ce bien qu’est la femme, peut être son père ou son grand-père paternel, si elle est la première fille de son père à aller en mariage. Ce droit de propriété est transféré au mari par l’acte de la dot. C’est pourquoiavant de prendre une femme pour épouse, la famille de l’homme faisait suffisamment d’enquêtes pour s’assurer que rien n’a déjà été fait pour cette femme dans le passé. Ceci pour éviter de mettre au monde des enfants qui ne leur appartiennent pas.
b)-La tradition Bamiléké donne-t-elle la possibilité à la femme de choisir le lieu de sa dernière demeure ?
La femme chez les Bamiléké, ne s’appartient pas. Elle est toujours enterrée chez le «propriétaire du bien» qu’elle est, c’est-à-dire chez son père si elle n’a pas été dotée, ou chez celui qui l’a dotée. Faute de quoi, une malédiction s’abattra sur la génération future. On leur fera alors savoir que leur père biologique est fâché pour n’avoir pas joui de son bien (le fruit de ses œuvres). Pour expier cette malédiction, il va falloir pour la génération future, chercher la «tête» (le crâne) de cet ancêtre mal enterré, et la ramener dans la concession qui convient et faire des rites pour apaiser sa colère.
Il convient de bien noter que la tradition Bamiléké a été conçue de manière à ne pas donner à la femme l’idée de quitter le mariage quand elle le souhaite et comme elle le veut. Pour les bamiléké, le divorce était considéré comme incapable de résoudre les problèmes que la patience, la soumission, le dialogue, le respect, l’amour et le pardon mutuels pouvaient guérir. Se retourner vers un autre partenaire (un autre mari), ne fessait qu’échanger un défaut ou un problème par un autre, parfois un «paradis» par un «enfer» !
C’est malheureusement le cas de certaines unions dans le monde actuel. Alors que la femme, sachant que son union était scellée à vie, œuvrait beaucoup pour la consolidation de celle-ci. Raison pour laquelle les unions d’hier étaient presque toutes harmonieuses et stables. Contrairement au monde d’aujourd’hui où l’option du divorce règne déjà dans la tête de la femme avant que ne naisse le moindre problème.
C- L'EVOLUTION FACE AU DROIT MODERNE
Les influences de la modernité : l'introduction du droit moderne et l'émancipation économique des femmes ont introduit la notion de divorce légal, ce qui a forcé les traditions locales à s'adapter. Néanmoins, l'idée d'une restitution intégrale de la dot peut être exigée par certaines lois coutumières lors d'un divorce légal, sans toujours tenir compte de la durée du mariage ou du nombre d'enfants, bien que cela soit un point de friction avec la tradition profonde.
Il est crucial de noter que cette procédure coutumière coexiste aujourd'hui avec le droit civil camerounais (basé sur le droit français), qui lui reconnaît explicitement le divorce.Les époux mariés à la fois coutumièrement et civilement peuvent opter pour le divorce devant un tribunal moderne.Même dans les cas de mariage purement coutumier, l'influence du droit moderne et de l'évolution sociétale ont rendu le remboursement de la dot plus fréquent qu'il ne l'était autrefois dans la stricte tradition.
REFERENCES
La réalisation de ce travail aura néssécité, en plus de certaines sources électroniques telles que :
-https://gemini.google.com/share/620fa2db503a, 20 novembre 2025 à 08:09,
- https//www.bafou.org/index.php/accueil/theme-de-developpement/377-mariage traditionnel : le mariage traditionnel à Bafou, Moho Lekouet Donkeng Cosmas, 2011, consulté le 12/12/25 à 10 heures,
-le recours à mon expérience personnelle étayée par des enquêtes exploratoires, et la consultation des personnes ressources.
La seule source bibliographique à laquelle nous nous sommes référés est la suivante :
«Mô’ô Temoyim Tsombeng Jean, Traditions et modernité, analyse socio-anthropologique des us et coutumes Bafou, 2eme Edition 2022, Pp : 90-92.
A défaut ou étant donné la rareté des sources écrites en matière des traditions africaines, nous nous sommes contenté des sources orales (malgré leurs limites évidentes).
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